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William H. Moore, pionnier du Recensement des oiseaux de Noël au Canada

Article rédigé par Donald MacPhail à partir de renseignements fournis par David Myles, Jim Wilson et le personnel responsable des archives du Musée du Nouveau Brunswick. Ces trois hommes sont des participants de longue date au RON.


Autour des palombes. Photo : Réjean Turgeon

Il est 9 h le jour de Noël 1900. Selon les archives de la National Audubon Society, c’est à ce moment précis que W. H. Moore, de Scotch Lake, dans le comté de York, au Nouveau Brunswick, devient le premier participant au Recensement des oiseaux de Noël (RON) au Canada.

Une fois sorti de chez lui ce matin-là, M. Moore, agriculteur et naturaliste, fait ce que les participants au RON font aujourd’hui. Il consigne des données sur la température ambiante, la couverture nuageuse et le vent. Il commence ensuite à compter les oiseaux, non seulement le nombre d’espèces mais aussi le nombre d’individus de chaque espèce.

La figure ci-dessous indique que M. Moore a dénombré 36 oiseaux appartenant à neuf espèces pendant l’heure qu’il a passée à l’extérieur. Mais est-ce bien exact? Comme cela peut arriver dans n’importe quel ensemble de données, il y a une disparité dans le compte rendu : le total indiqué est de neuf espèces alors que seulement huit sont énumérées. Est-ce qu’une espèce a été oubliée ou s’agit-il plutôt d’une erreur de transcription ou d’une coquille? Il se peut que nous n’ayons jamais la réponse, à moins que le rapport d’observation manuscrit de M. Moore existe encore quelque part.


Source : Bird-Lore, vol. 3, 1901

Une autre personne au Canada a également participé à ce tout premier Recensement des oiseaux de Noël au pays. E. Fannie Jones a commencé à dénombrer les oiseaux quelque part à Toronto à 11 h 30 ce même matin de Noël. Selon son rapport, le temps était clair, les vents étaient faibles et la température était tout juste sous le point de congélation. Elle a consacré beaucoup d’énergie à son recensement, qui s’est terminé à 16 h 30, avec un total de 41 oiseaux de quatre espèces. Cela peut sembler peu impressionnant par rapport à ces dernières années, où les dénombrements effectués dans la région de Toronto ont totalisé plus de 90 espèces, mais on peut se demander si M. Moore et Mme Jones utilisaient des jumelles dignes de ce nom. Il n’y avait certainement pas des douzaines d’autres observateurs dans leur secteur comme c’est le cas à de nombreux endroits aujourd’hui.

Ni Mme Jones ni M. Moore n’ont noté la distance parcourue pendant leur recensement comme le font les participants de nos jours. Vu que la Ford T n’est entrée en production qu’une dizaine d’années plus tard, on peut affirmer qu’ils étaient à pied.

Ce premier Noël d’un nouveau siècle était à une époque de renouveau en Amérique du Nord. Le Canada avait moins de 35 ans et, juste deux ans auparavant, les États-Unis étaient sortis d’une guerre civile dévastatrice. En ce qui concerne la nature, une idée émergeait, à savoir que l’être humain était capable de modifier, de contrôler et de saccager l’environnement, mais qu’il devait aussi en prendre soin.

Le RON se voulait une option de rechange à la traditionnelle chasse de Noël, populaire à l’époque, qui serait considérée comme aberrante aujourd’hui. Au moins deux équipes de chasseurs parcouraient les champs, les bois et les cours d’eau et tiraient sans vergogne sur tout ce qui bougeait. À la fin de la journée, l’équipe qui avait amassé le plus de plumes et de peaux était déclarée gagnante. Or, des activités comme celle-là commençaient à faire réaliser à certains, tant en Amérique du Nord qu’en Europe, que pour assurer la survie de l’espèce humaine, il fallait protéger les autres espèces.

M. Moore ne s’était pas levé assez tôt pour être le tout premier participant au RON. Quelques autres personnes avaient commencé leur dénombrement à 7 h 30 en Nouvelle-Angleterre et plus au sud. Toutefois, lui et Fannie Jones constituaient une espèce rare, car seulement 27 observateurs, représentant 25 cercles de dénombrement – principalement autour de New York et en Nouvelle Angleterre mais aussi en Floride et en Californie –, ont participé à la première édition du RON. Aujourd’hui, plus de 70 000 participants comptent les oiseaux dans plus de 2500 cercles de dénombrement. Ils collaborent au plus important et au plus ancien programme de science citoyenne de l’Amérique du Nord.

Les nombreux bénévoles qui coordonnent l’exécution du RON chaque année trouvent parfois que la logistique des opérations et les communications sont des tâches considérables. Mais est ce que le RON aurait été plus facile à organiser en 1900? Comment l’annonce de la tenue d’un dénombrement d’oiseaux le jour de Noël 1900 a-t-elle été diffusée à la grandeur du continent et jusqu’à un agriculteur résidant dans la campagne du Nouveau-Brunswick, au Canada?

La diffusion des résultats du recensement n’était probablement pas plus facile non plus. Imaginez que M. Moore et les 26 autres participants au premier RON dans toute l’Amérique du Nord ont rédigé leurs rapports d’observation à la main, ou peut-être dans quelques cas à l’aide d’une nouvelle invention, la machine à écrire. Ils ont vraisemblablement mis leur rapport dans une enveloppe qu’ils ont affranchie et postée à la société Audubon, dans l’État de New York. Et, en février 1901, les résultats ont été publiés, avec divers articles, dans le magazine Bird Lore posté aux abonnés d’un bout à l’autre du continent. Pas si mal pour un programme datant de plus d’un siècle.


William H. Moore. Source : Musée du Nouveau-Brunswick.
Version recadrée du fichier X10983.

Mais qui était William H. Moore? Nous savons qu’il est né en 1869 et qu’il pratiquait l’agriculture près de la petite localité de Scotch Lake, sur le bord du fleuve Saint-Jean, en amont de Fredericton, au Nouveau Brunswick. Il n’était pas le seul de sa famille à travailler dehors. Il avait un frère et des neveux qui construisaient des canots, exploitaient des camps de pêche et étaient guides de chasse. M. Moore s’intéressait aux oiseaux depuis longtemps, et il présentait souvent des exposés sur la nature à des enseignants et des écoliers. Il a publié A List of New Brunswick Birds en 1928 et conservait des carnets de terrain détaillés, qu’on peut retrouver aujourd’hui dans les archives du Musée du Nouveau Brunswick.

M. Moore a commencé à apprendre la taxidermie en autodidacte à l’âge de 14 ans. Vers 1899, il a préparé un des derniers spécimens de la Tourte voyageuse en Amérique du Nord. Plus de 200 des oiseaux qu’il a naturalisés sont toujours à la disposition des chercheurs au Musée du Nouveau Brunswick.

Comme beaucoup de naturalistes de son époque, William H. Moore s’intéressait à tout dans la nature, depuis les taupes jusqu’aux plantes en fleurs, en passant par l’orignal et l’étoile polaire de l’hémisphère nord. En particulier, il a noté les différentes positions de cet astre pendant les voyages qu’il a faits en 1929 et 1930 avec sa fille Nettie; ils ont traversé le pays jusqu’en Colombie-Britannique et sont revenus en passant par le canal de Panama, la ville de New York et Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Durant son passage à Vancouver, M. Moore a noté la présence d’Étourneaux sansonnets (mis en liberté dans le Central Park, à New York en 1890 environ), tout en souhaitant que l’espèce n’élise pas domicile à Scotch Lake. Or, un des oiseaux qu’il a naturalisés dans les années 1930 est un Étourneau sansonnet prélevé… à Scotch Lake!

Nettie Moore était elle aussi une naturaliste passionnée. Il est intéressant de voir l’évolution des noms d’oiseaux à partir de ses notes de terrain et de celles de son père. Un Pic à ailes dorées pour ce dernier (et pour Jean Jacques Audubon) était un Pic doré pour Nettie, notre Pic flamboyant d’aujourd’hui. Sans être réfractaire au changement, je vous demande : vous ne trouvez pas que Pic à ailes dorées est un beau nom?

Pour des raisons inconnues, M. Moore n’a jamais participé à un autre RON, mais il serait probablement content de savoir que son territoire de Scotch Lake fait partie du cercle de dénombrement de Mactaquac, qui est encore actif après au moins 50 ans d’existence.

Il convient de noter que la dépouille de M. Moore, décédé en 1950, et celle de sa fille Nettie, morte en 1980, se trouvent dans les limites de ce cercle.

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