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Motus vient en aide au Bécasseau maubèche

par Pete Davidson, conseiller principal, Études d’Oiseaux Canada


Bahia Lomas Photo : Antonio Larrea

La conservation des ressources naturelles n’est pas chose facile, même dans les meilleures circonstances. Et quand l’animal que vous vous efforcez d’aider parcourt au total 30 000 kilomètres en migration d’un lieu reculé à un autre chaque année, de nombreuses personnes doivent travailler pendant des décennies pour constituer les étapes de son cycle biologique, inventorier les dangers qui le menacent et essayer de les écarter. Le temps presse. Il existe un risque réel que des populations d’oiseaux de rivage – qui comptent parmi les migrateurs couvrant les plus grandes distances – disparaissent d’ici quelques dizaines d’années.

Le Bécasseau maubèche est un exemple. Symbole des littoraux de par le monde, c’est un des oiseaux aux plus longues migrations. Il est au centre de festivals et le sujet de centaines d’articles scientifiques. Néanmoins, toute cette attention ne freine pas le déclin rapide des effectifs de la sous-espèce Calidris canutus rufa, qui se reproduit dans l’Arctique canadien et hiverne dans trois régions le long de la voie migratoire de l’Atlantique : le sud-est des États-Unis et les côtes des Caraïbes; le littoral de l’État de Maranhão dans le nord-est du Brésil; et les côtes les plus méridionales de l’Argentine et du Chili.

Un grand nombre de personnes et d’organisations unissent leurs efforts le long de cette voie migratoire pour inverser la chute démographique de ce bécasseau. Le programme du Réseau de réserves pour les oiseaux de rivage dans l’hémisphère occidental (RRORHO), dirigé par Manomet, a pour objet de former des collectivités et d’améliorer la gouvernance aux plus importantes haltes du Bécasseau maubèche le long des voies migratoires de l’Atlantique et du Pacifique. Environnement et Changement climatique Canada étudie la population nicheuse dans l’Arctique et, de concert avec Études d’Oiseaux Canada, la Nation crie et d’autres intervenants, établit des mesures de protection de la côte de la baie James en tant que havre migratoire pour les oiseaux de rivage. La fondation Conserve Wildlife du New Jersey et la section du New Jersey de la société Audubon ont dirigé les travaux menés dans la baie du Delaware en vue de rétablir la population de limules, dont les œufs constituent une source d’énergie vitale pour les bécasseaux affamés pendant leurs migrations.

En Amérique du Sud, des biologistes étudient l’utilisation d’estuaires et de marais salés par les oiseaux de rivage au Suriname et en Guyane française. Et des partenaires de BirdLife (SAVE Brasil et Aves Argentinas, l’International Conservation Fund of Canada et la Fundacion Inalafquen) assurent le suivi et la protection des endroits les plus fréquentés par les oiseaux de rivage au Brésil et en Argentine.

Récemment, cet esprit de collaboration et le généreux financement accordé par la National Fish and Wildlife Foundation a permis de former une équipe de Canadiens, de Chiliens et d’Américains pour travailler dans la Bahia Lomas, au Chili (l’extrémité sud de la voie migratoire de l’Atlantique). En janvier 2018, nous avons achevé deux semaines de travail intensif sur le terrain qui visait à mieux connaître les profils d’utilisation de cette immense baie intertidale par les Bécasseaux maubèches et d’autres oiseaux de rivage. Le travail de Guy Morrison, biologiste au Service canadien de la faune, et d’autres scientifiques a révélé que la majorité des individus de la sous-espèce rufa du Bécasseau maubèche hivernent à cet endroit. Toutefois, la population s’est effondrée de 75 % depuis 2000. Cette année, pour la première fois, le nombre de Bécasseaux maubèches passant l’hiver dans la Bahia Lomas a chuté sous la barre des 10 000.

En collaboration avec le Centro Bahia Lomas (un centre de recherche de l’Université Santo Tomas), Stu Mackenzie, gestionnaire du programme d’étude des migrations à Études d’Oiseaux Canada, a supervisé l’installation de cinq stations réceptrices du réseau de radiotélémétrie automatisée Motus autour de la baie. Par la suite, les membres de l’équipe ont capturé environ 80 Bécasseaux maubèches et un petit nombre de Barges hudsoniennes, qu’ils ont dotés de nano-émetteurs. Ces petits appareils, qui émettent des impulsions captées par les stations réceptrices environ toutes les 10 secondes, fournissent de l’information détaillée sur les allées et venues des oiseaux qui les portent.

Les bécasseaux et les barges font l’objet d’un suivi dans la Bahia Lomas pour deux raisons principales :

  1. Pour la première fois, on peut cartographier l’utilisation de la baie sur 24 heures par les oiseaux de rivage, et l’information est intégrée à la gestion de l’utilisation judicieuse de ce site Ramsar, à un moment où commencent des travaux d’exploration pétrolière et gazière. Les données de pistage des oiseaux seront combinées à des données de cartographie détaillée de l’habitat et d’échantillonnage de proies recueillies par la fondation Conserve Wildlife du New Jersey et l’Université Santo Tomas.
  2. Nous pouvons maintenant suivre les oiseaux dans leur migration vers le nord et ainsi obtenir de l’information plus détaillée sur leurs arrêts en cours de route : où, quand et pendant combien de temps. Les nano-émetteurs sont programmés pour durer environ un an, et des stations réceptrices captent leurs signaux à plusieurs haltes clés le long de la voie migratoire de l’Atlantique. Avec de la chance, on pourra également suivre le voyage de retour des oiseaux vers le Chili à l’automne. On obtiendra ainsi de l’information plus précise sur les taux de survie et d’autres connaissances clés.

Grâce à des années de travail d’enquête et à l’aide apportée par le Système de surveillance faunique Motus, nous savons maintenant que les œufs de limules dans la baie du Delaware constituent probablement le facteur le plus important à prendre en compte pour déterminer si les Bécasseaux maubèches de la sous-espèce rufa, en voie de disparition, sont assez en forme pour migrer, se reproduire et survivre à l’été arctique. Nous savons également que ce n’est pas le seul problème qui touche la sous-espèce rufa, ou l’espèce dans son ensemble. Une autre population de Bécasseaux maubèches qui se reproduit dans l’Arctique russe réagit déjà au changement climatique en produisant des oisillons plus petits dotés d’un bec plus court les années les plus chaudes, possiblement parce que les parents ont souffert de malnutrition au début de leur vie. Ce phénomène a des conséquences dans les quartiers d’hiver tropicaux en Afrique occidentale, où ces oiseaux ont moins de chances de survivre parce qu’ils n’ont pas accès à suffisamment de nourriture de la plus haute qualité.

Nous devons agir promptement avec l’information dont nous disposons à des endroits comme la baie du Delaware et bientôt dans la Bahia Lomas. Nous devons aussi faire preuve de la plus grande vigilance en exploitant des outils comme le Système de surveillance faunique Motus pour détecter d’autres facteurs qui causent le déclin des effectifs de certains des plus impressionnants habitants du globe. Il est urgent que nous installions davantage de stations de ratiotélémétrie et que nous soutenions le travail effectué sur le terrain à seulement quelques endroits le long du littoral sud-américain afin de compléter le réseau de stations aux plus importantes haltes d’oiseaux de rivage le long de la voie migratoire.

Vous aimeriez participer à cette initiative passionnante et essentielle pour les oiseaux? N’hésitez pas à communiquer avec nous! Vous pouvez faire un don, parrainer une station réceptrice ou devenir une collaboratrice ou un collaborateur. Envoyez-nous un courriel à motus@oiseauxcanada.org. Avec votre appui, nous pourrons continuer de développer un des plus importants programmes collaboratifs de recherche et de conservation du monde.

Merci de nous aider à rendre possible cette remarquable entreprise.

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